La vie trépidante d’un Pêche liégeoise…

Acte I

Scène première

Fiche signalétique

 HAUTON

 Pêche

1m 90 les bras levés

comédienne (quand j’en ai le temps)

 

 

 

Je vis à l’envers. Je pense de travers. Je suis excellente dans rien. Je suis bonne à tout. Je réfléchis trop vite. Je suis toujours débordée. J’ai le nez qui coule toute l’année. Je porte des chaussures trop grandes. Je rentre toujours dans mon jean’s d’ado. Je dis tout haut ce que je pense tout bas. J’ai peur du téléphone.

Bref, Pêche est une catastrophe ambulante. Un désastre en liberté. Un cas clinique fort intéressant. Et, en plus, elle est comédienne

Ça, j’ai mis longtemps à le dire.

Moi, je n’étais pas prête, c’est sûr. Mais la société, elle, elle ne sait même pas ce que cela veut dire EN VRAI.

La comédienne est un animal qui peut ne pas être stupide ou arriviste. Elle aime vivre en société et comme tous les architectes, ingénieurs, médecins, secrétaires,… elle a besoin de gagner sa vie lorsqu’elle travaille. Car, oui, la comédienne a également des factures à payer, un prêt à assumer, de la nourriture à ingurgiter. Et, non, elle ne vit pas de bières et de rêves. Elle aime aussi se faire plaisir, être belle, et pouvoir partir en vacances. Finalement, elle est bien décevante: elle est comme tous le monde! Ou presque…

Elle vit trois vies à la fois à fin d’être NORMALE (justement!). Elle vit de sa passion, elle écrit, elle joue, elle met en scène, notamment pour sa propre compagnie Les Anges Hantés…Elle ne compte pas ses heures et saute de joie lorsqu’elle reçoit son salaire qu’on oublie de facturer à l’heure sinon… On aurait supprimé les artistes depuis longtemps, comme tout le reste: ça coute trop cher!

Alors elle a UN VRAI travail. Pour survivre et pouvoir un jour avoir un maison, une voiture et, folie extrême: des enfants, elle ajoute à son agenda de créations diverses: un temps plein. Elle donne cours! De théâtre! Oui, je sais, là encore la société n’est pas d’accord : les profs, ils ne font pas grand chose! En plus ils ont toutes les vacances!!!!! (mais ça ce sera un autre chapitre. Promis.)

Et pour être certaine de ne pas s’ennuyer la comédienne investit! Dans quoi? un Théâtre( mais c’est bien sûr!). Là encore, elle ne fait pas grand chose: recherche d’artistes, programmation, logistique, communication, promotion, permanences, téléphone, mail, réseaux sociaux,… le tout bénévolement (sinon ça ne serait pas drôle)

Et enfin, la comédienne, est une femme (oui!), elle a donc une vie sentimentale qu’elle tente de caler entre le rendez-vous chez le dentiste, le ménage, les courses,…

 

Pêche au pays des merveilles…

Maintenant que le tableau est peint, on va pouvoir s’amuser.

J’ai peur. J’ai tout le temps peur. Peur de ne pas y arriver. Peur que les choses m’échappent. Peur de me planter.

Je viens de mettre le point final au spectacle de cette fin d’année. J’y ai tout mis: ma folie, mes peurs, mes couleurs, mon âme et même mes rêves. J’ai laissé les mots s’envoler avant de les imprimer sur le papier. Le compte à rebours a donc commencé. Dans 61 jours, on y sera. Prêts. Enfin, on n’est jamais prêts. Mais on y sera. Dans 61 jours on monte sur scène et on lache tout. C’est terrifiant. C’est excitant. C’est jubilatoire. C’est horrible.

Je vis comme ça. Entre deux rives. Celle où tout va bien et où mes rêves explosent. Celle où tout n’est que doute, remise en question et panique. J’ai toujours eu l’impression d’être un imposteur. Entre ce qui arrive à ce dégager de moi et ce qui se passe dans ma tête, une rivière tumultueuse avance et sépare les deux berges. Une seule certitude, sur scène comme dans la vie difficile de savoir qui du corps ou de l’esprit guide l’autre. Le tout avance, ça c’est sur. Mais c’est bien la seule certitude.

Je rêve et j’envie tous ces gens qui naviguent de bonheur en bonheur avec un naturel déconcertant, comme si ils avaient été programmé et que tout leur était doux. Parfois, je suis jalouse de ne pas être tout le monde. Parfois, seulement… Je serais malheureuse dans une vie faite d’habitudes et de conforts. Je ne serais pas moi. C’est étrange ce besoin de s’échapper de soi, alors qu’on sait que ça ne serait pas la solution. Je voudrais une baguette magique pour ôter les craintes paralysantes et éteindre le cerveau de temps en temps. Arrêter de penser et croire en moi, pour du vrai, avec confiance et conviction, pour du vrai.

Ma vie est faite de projets merveilleux. Et ça n’est jamais assez. J’ai toujours l’impression de ne pas être au maximum. De louper quelque chose. C’est épuisant.

Pêche en action…

Depuis quelque mois, depuis quelques semaines, ma vie s’est accélerée.

Ce matin, réveil 8h, j’avais rendez-vous chez le notaire… à trente ans moins 7 mois, il est temps de voir loin. C’est l’heure de grandir d’un coup! Paf, d’ici trois mois (si tout va bien) je me serai enchainée pour les vingt prochaines années aux briques familiales. Impossible de faire un autre choix.

J’achète la maison de mon enfance. Celle construite par folie par mes grands-parents adorés. Ces même grands-parents qui ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui (avec mes peurs, mes folies et tout le reste). L’endroit où je me sens le plus en sécurité au monde. Un drôle de calcul pour une comédienne faite d’incertitudes. Ou pas. Finalement, c’est assez sensé de m’accrocher à la plus grande constante de ma vie. Cette maison c’est là que mes rêves les plus fous ont commencé (vous vous souvenez, »coincée entre le radiateur et la cheminée « ), c’est là que j’ai envie, à mon tour, de retrouver un enfant coincé dans un arbre, ou dévalant le jardin à coup de roulés-boulés. Un projet de fou à l’heure actuelle. J’apréhende les innombrables aller-retours chez les banquiers et les calculs à l’infini pour tenir le budget. Encore une fois, les rives excitation et crainte avancent ensemble.

Verdict au prochain chapitre…

 

X.O.X.O Pêche 

 

 

 

 

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